Frontière artistique: écrire en Ontario français
La création de la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario (CANO) au début des années 1970 marque un tournant dans l’histoire de la littérature franco-ontarienne. Jusqu’alors tournée vers les romans et les poèmes canadiens-français, majoritairement québécois, la scène artistique en Ontario français verra apparaître de nouveaux auteurs, comme Patrice Desbiens et Jean Marc Dalpé, forts d’une culture et d’un langage bien à eux. De nouvelles maisons d’édition, consacrées à la publication d’oeuvres franco-ontariennes, verront également le jour, dont la première, les Éditions Prise de parole, en 1973.
En 1994, le gouvernement de l’Ontario reconnaîtra d’ailleurs l’importance de la littérature franco-ontarienne en créant le Prix littéraire Trillium. Naviguant entre Hull, Ottawa et le Nord de l’Ontario, les écrits de Pierre-Raphaël Pelletier, de Daniel Poliquin et de Gaston Tremblay permettent ainsi à tous ceux qui se définissent comme Franco-Ontariens de se forger une identité bien distincte à travers une littérature qui cherche avant tout à mettre à l’avant-plan la réalité franco-ontarienne, et dont l’originalité et la créativité ne cessent de se renouveler.
Les Franco-Ontariens montent sur scène
En 1970-1971, la troupe universitaire de l’Université Laurentienne à Sudbury met en scène la création collective « Moé j’viens du Nord ’stie », qui partira en tournée dans le Nord de l’Ontario. Jouée en pleine «révolution culturelle » franco-ontarienne, la pièce se veut le miroir de la réalité des francophones de l’Ontario de l’époque. Devant le succès de la pièce, certains des étudiants et chargés de cours – dont André Paiement, Pierre Bélanger et Robert Paquette – décident de créer le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) en 1971.
Donnant naissance au théâtre franco-ontarien de création, le TNO deviendra le modèle dont s’inspireront les autres troupes créées au cours de la décennie. L’idée de promouvoir l’identité franco-ontarienne et de s’exprimer dans un vernaculaire dit franco-ontarien sera ainsi reprise par Théâtre Action en 1972 et le Théâtre d’la Corvée en 1975. André Paiement est considéré par plusieurs comme le père de la dramaturgie franco-ontarienne et son oeuvre a modelé la majeure partie des pièces théâtrales des années 1980 et 1990, dont celles de Michel Ouellette.
