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Catalogue CRCCF

Frontière sexuelle: des femmes dans un monde d'hommes

Membres de l’exécutif national de la Fédération des femmes canadiennes-françaises en compagnie de l’aumônier : assis, de g. à d., René Martin, aumônier, Almanda Walker-Marchand, présidente-fondatrice, Wilhelmine Desrosiers, trésorière; debout, Rose Laplante, secrétaire, Mme Hector Saint-Jacques, 2e vice-présidente, Agnès Gauthier, 1re vice-présidente, Ottawa, 1945. Photographe: Lucien Racine. CRCCF, Fonds Fédération nationale des femmes canadiennes-française (C53), C53-Ph52-1.

Tout au long du XIXe siècle, et durant les premières décennies du XXe siècle, les Canadiennes françaises étaient d’abord élevées et éduquées pour devenir de bonnes mères au foyer. Les métiers leur étant offerts étaient alors très restreints, hormis les vocations de religieuses, d’institutrices ou d’infirmières. La Franco-Ontarienne Simone Gamache – sœur Charles-Auguste en religion – prononce ainsi ses vœux chez les Sœurs de la Charité d’Ottawa en 1930, pour se lancer dans une carrière en enseignement qui durera quarante ans. À l’époque, les femmes s’organisent surtout autour de leur paroisse et de diverses associations religieuses. La Fédération des femmes canadiennes-françaises, fondée en 1914 par Almanda Walker-Marchand, est le premier regroupement laïc de femmes qui, encore aujourd’hui, vient en aide à diverses œuvres et promeut l’action des femmes francophones.

À partir de 1918, alors que les Canadiennes obtiennent le droit de vote, leur désir d’émancipation s’affermit. La journaliste Emma Montmarquet-Daoust, qui a longtemps publié des causeries féminines dans le journal Le Droit sous le nom de plume d’Esther, remet d’ailleurs en question ces bouleversements du monde moderne dans l’un de ses billets. La Seconde Guerre mondiale viendra toutefois confirmer la nouvelle place des femmes dans la société canadienne, grâce à leur participation à l’effort de guerre. L’un des exemples les plus frappants est celui de Margaret Brown. Premier membre de la section féminine du Corps d’aviation royal du Canada à exercer les fonctions d’officier préposé aux renseignements, elle sera la première femme à interroger un équipage à la suite d’un raid sur l’Allemagne.

Les femmes montent aux barricades!

Dans les années 1970 et 1980, de nombreuses femmes sont actives au sein de mouvements de protestation et de revendications. Elles manifestent pour mettre fin aux violences sexuelles, pour garantir le droit à l’avortement, pour obtenir une représentation équitable ou encore pour avoir accès à une éducation supérieure. La marche « La nuit, la rue, femmes sans peur » en est un bon exemple. Depuis les années 1980, le Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles de l’Outaouais organise l’événement; l’espace d’une nuit, les femmes prennent d’assaut les rues de leur ville afin de protester contre les agressions sexuelles et le harcèlement.

Sur la scène politique, les femmes sont également beaucoup plus présentes depuis la fin des années 1970. À cet égard, la carrière de la Québécoise Renaude Lapointe mérite d’être mentionnée. Nommée au Sénat par Pierre Elliott Trudeau en 1971, elle devient la première francophone à occuper les fonctions de Présidente de la Chambre haute de 1974 à 1979. Dans le milieu communautaire, les femmes vont également s’investir pour protéger leur culture et leur langue, alors que les réseaux paroissiaux s’étiolent et que les lieux de regroupement se font plus rares. En 1984, Rolande Faucher et son équipe parviennent à mettre sur pied un centre culturel pour le Mouvement d’implication francophone d’Orléans, en sollicitant sans relâche la ville de Gloucester pour l’obtention des fonds nécessaires.