Frontière linguistique: les écoles séparées et le Règlement 17
À partir des années 1850-1860, un réseau d’écoles confessionnelles séparées est institué en Ontario, parallèlement à un réseau d’écoles publiques laïques. Des écoles protestantes et des écoles catholiques, francophones et anglophones, évoluent donc sur le même territoire. Un modèle semblable est adopté ailleurs au Canada, notamment au Manitoba. Le système des écoles séparées suscite cependant beaucoup de protestations de la part des anglophones, pour qui l’usage du français dans les écoles de l’Ontario est perçu comme une menace. C’est pourquoi le gouvernement ontarien adopte le Règlement 17 en 1912, qui limite l’enseignement du français et son usage comme langue de communication aux deux premières années du primaire, le temps pour ceux qui ignorent l’anglais d’en apprendre les bases. Les Franco-Ontariens s’organisent alors pour sauver leurs droits scolaires.
Fondée en 1910, l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario (ACFEO) prend la tête du mouvement. La consigne du Conseil des écoles séparées d’Ottawa (CESO) est de continuer à enseigner en français. Le ministère de l’Éducation de l’Ontario réplique en menaçant de représailles les commissions scolaires et les enseignants. De 1916 à 1927, la lutte pour les droits scolaires des francophones s’accentue. En 1925, le premier ministre conservateur de l’Ontario, Howard Ferguson, ouvre une commission d’enquête pour mettre fin à la crise scolaire. En 1927, à la suite du dépôt du rapport de la commission Scott-Merchant-Côté, qui révélait que la réussite dans l’apprentissage de l’anglais devait commencer par l’enseignement de la langue maternelle, le gouvernement ontarien établit un système d’écoles primaires bilingues où le français devient la principale langue d’enseignement. Le Règlement 17 ne disparaîtra des statuts de la province qu’en 1944.
Les luttes franco-ontariennes
À la suite de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, l’Ontario s’engage, dès 1967, à offrir davantage de services à sa population francophone. Les réformes tardent cependant à venir et la communauté franco-ontarienne s’engage dans un mouvement de désobéissance civile. Le mouvement « C’est l’temps » voit ainsi le jour en 1975. Ses membres refusent de payer des contraventions ou de remplir des formulaires rédigés uniquement en anglais. Si toute la province est bientôt gagnée par cette action collective, il faudra toutefois attendre la Loi sur les services en français, en 1986, pour que les ministères et organismes gouvernementaux soient tenus d’offrir des services bilingues dans plus d’une vingtaine de régions désignées. Les Franco-Ontariens ne sont toutefois pas au bout de leurs peines…
Le 24 février 1997, le gouvernement conservateur de Mike Harris annonce la fermeture du seul hôpital qui offre une formation universitaire de langue française en Ontario. Le groupe SOS Montfort organise alors de multiples manifestations et pétitions pour gagner l’opinion publique. Au mois de mars, une grande manifestation de 10 000 personnes a lieu à Ottawa. Devant l’entêtement du gouvernement, la cause sera portée devant les tribunaux. Les Franco-Ontariens auront finalement gain de cause en décembre 1999, confortés en cour d’appel en décembre 2001.
L’adoption d’un drapeau franco-ontarien en 1975 symbolise bien la frontière linguistique et culturelle qui existe en Ontario. Les différentes luttes qu’ont menées les Franco-Ontariens durant les années 1970, 1980 et 1990 témoignent quant à elles du manque de visibilité et de légitimité dont ont longtemps souffert les communautés francophones minoritaires en Ontario et dans le reste du Canada.
